Séminaire Interfaces 2021

LA RÉPONSE AUX INONDATIONS AU QUÉBEC

Au-delà de la rhétorique sur la durabilité et la résilience,

le besoin d’une vision cohérente sur le territoire et le cadre bâti

en partenariat avec l’Observatoire Œuvre Durable, le Magazine Formes et le réseau RIISQ

Le 11 juin 2021 – 9 h à 13 h

Table ronde via Zoom et lancement d’une plateforme web








Nos modes d’urbanisation continuent à détruire les milieux humides et les terres agricoles tout en accroissant la pollution atmosphérique. Ce bouleversement des milieux naturels, incluant les berges et les marécages, nous expose constamment à des menaces d’inondations.








Photo: Josiane Farand, 2017 (Rigaud)

Objectifs

Au niveau stratégique, quelles considérations éthiques doivent encadrer le débat sur les modes d’habiter des aînés au Québec ?

Quelles sont les responsabilités des professionnels de l’aménagement face aux risques d’aléas ?


Comment concilier différents objectifs dans une approche cohérente face aux changements climatiques?


Comment se doter d’une vision systémique d’occupation du territoire susceptible de considérer une multiplicité de risques?


Quels changements à la programmation des bâtiments ainsi qu’aux codes et techniques de construction sont nécessaires pour faire face à une multiplicité de risques?


Comment décloisonner les pratiques et aller au-delà de la rhétorique du développement durable et de la résilience?

Photo: Indrid_Cold 2017 Montréal

Admissible à la formation continue selon les paramètres de l’Ordre des architectes du Québec et de l’Ordre des urbanistes du Québec. Pour l’Ordre des ingénieurs du Québec, nos activités de formation peuvent être admissibles en vertu du Règlement sur la formation continue obligatoire des ingénieurs.

Notre façon d’occuper le territoire au Québec génère des risques et contribue à mettre des personnes, des écosystèmes, des paysages et des propriétés en danger. Nos modes d’urbanisation continuent à détruire les milieux humides et les terres agricoles tout en accroissant la pollution atmosphérique. Ce bouleversement des milieux naturels, incluant les berges et les marécages, nous expose constamment à des menaces d’inondations. Enfin, nos modes de construction n’ont pas évolué pour s’adapter aux effets des aléas, incluant ceux induits par les changements climatiques. À titre d’exemple, pourquoi construit-on encore des sous-sols en zone inondable ?

Alors que l’on reconnaît aujourd’hui le rôle de l’aménagement à titre d’instigateur de risques, tant les mesures de mitigation que les approches stratégiques dans les domaines de la construction et de l’urbanisme demeurent limitées et traitées en silos. Souvent, nous nous confortons d’avoir adopté les discours de la résilience et du développement durable, mais nos réponses demeurent superficielles. Elles négligent l’impact de nos actions sur les changements climatiques ainsi que de l’aménagement du territoire sur l’occurrence des risques dus aux aléas. Quelques exemples illustrent ce problème :

En premier lieu, nous traitons les risques et réagissons encore aux aléas de façon isolée (inondations, pandémies, incendies, fonte du pergélisol, etc.). Dans cette même optique, c’est en silos que l’on appréhende les enjeux qui contribuent à la prolifération des gaz à effet de serre et nos réponses face aux effets du réchauffement planétaire. Cette approche nous conduit à sous-estimer les effets combinés des aléas, une tendance qui prévaut aujourd’hui et dont on peut anticiper l’occurrence de plus en plus fréquente. Les gestes que nous posons sont parfois contradictoires, manquent d’intégration ou encore font fi des interactions potentiellement conflictuelles entre diverses « solutions » partielles. Quelques exemples en sont éloquents : maisons ignifuges mais inondables ; bâtiments « imperméables » mais fragiles aux déplacements du sol ; constructions hyper performantes sur le plan énergétique mais loin des centres urbains, accroissant les déplacements et par ricochet les gaz à effet de serre et les îlots de chaleur ; bâtiments résistants aux températures extrêmes mais gourmands en matériaux et systèmes, dont la production génère du CO2. Il y a lieu de se questionner sur la valeur environnementale de ces choix s’ils contribuent au réchauffement climatique et placent les habitants en danger.  

En second lieu, l’approche de relocalisation – au nom de la sécurité – des victimes des inondations a sous-estimé l’importance de l’attachement des personnes affectées à leur territoire. Elle a aussi négligé la valeur du patrimoine architectural, urbain et paysager de ces lieux. On sait aujourd’hui que plusieurs habitants de zones à risque sont les descendants de plusieurs générations ayant vécu à proximité de l’eau et que d’étroits liens de voisinage se sont tissés au fil des ans. Plusieurs maisons à caractère patrimonial ont été démolies, sans compter les paysages défigurés par l’application de cette approche. Comment concilier les enjeux de sécurité, d’attachement au territoire et de protection du patrimoine ?

En troisième lieu, les réponses gouvernementales ont eu des impacts non négligeables sur le plan éthique. Un exemple a été le programme d’indemnisation offrant une allocation de départ aux citoyens dont les dommages à la propriété excédaient 50% du coût de reconstruction à neuf. Dans plusieurs cas, cette mesure a conduit à la démolition de maisons modestes, appartenant à des familles à faible revenu, dont le seuil des 50 % de dommages était atteint plus facilement. Pour leur part, n’ayant que rarement atteint ce seuil, les maisons plus grandes à valeur immobilière plus élevée ont été épargnées. Certains ont ainsi perçu une injustice envers les moins nantis voyant leurs maisons démolies alors que celles de leurs voisins plus aisés étaient simplement réparées.

Cela dit, il faut reconnaître qu’au cours des dix dernières années, plusieurs initiatives ont été entreprises par les gouvernements successifs pour faire face aux inondations et aux effets des changements climatiques. En plus d’actualiser la Politique de protection des rives, du littoral et des plaines inondables, le Québec s’est doté, entre autres, d’un Plan d’action en matière de sécurité civile relatif aux inondations, d’un Plan de protection du territoire, de centres de soutien au rétablissement et de bureaux de projets pour la planification de l’aménagement des zones inondables. Plusieurs initiatives, incluant la cartographie réalisée par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) et la création d’un réseau interdisciplinaire de chercheurs spécialisés dans la gestion des inondations ont contribué à approfondir nos connaissances sur les risques et à adopter des approches basées sur les connaissances scientifiques. À ce titre, Montréal s’est dotée d’un plan de ville résiliente dans le cadre du programme 100 Resilient cities.

Or à ce jour, le Québec ne dispose toujours pas de politique cohérente d’occupation du territoire. Certes nous avons adopté le langage du développement durable et de la résilience, mais dans les faits, plusieurs réponses aux risques (incluant d’inondations et aujourd’hui de pandémies) continuent à provoquer ou exacerber d’autres problèmes tels que l’étalement urbain, la gentrification, la perte de terres agricoles, la destruction des écosystèmes, en plus de la fragmentation urbaine et sociale.

Dans ce contexte, le travail sur le cadre bâti pose d’importants défis. La délimitation du territoire inondé manque encore de précision pour déterminer le véritable niveau de risque des constructions. De plus, on connaît très peu l’étendue des mesures budgétaires pour pallier les réductions de revenus municipaux provoquées par les démolitions. Au niveau territorial, l’impact de la nouvelle cartographie des zones inondables sur la valeur foncière des propriétés est aussi peu documenté. Enfin, la discipline de l’architecture n’a pas été mobilisée à son plein potentiel, ne se limitant qu’à imaginer des maisons flottantes ou sur pilotis au détriment de discussions plus sérieuses quant aux typologies résidentielles, pratiques constructives et adaptations au code du bâtiment.

Dans ce séminaire nous comptons pousser plus loin cette réflexion et poser les assises d’un débat sur les changements requis dans les domaines de l’architecture, de l’urbanisme et du paysage. Bienvenu(e)s à cette discussion éclairée sur nos réponses aux risques!

Sur les séminaires interfaces

Nos séminaires sont des lieux d’échanges et de connexion entre professionnels et chercheurs. Ils offrent un espace à la création de liens entre plusieurs concepts et connaissances. Ces sont des interfaces de convergence de divers savoirs et de meilleures pratiques.

Photo: B. Herazo 2019

Article récent sur La Presse

Lisez notre récent article sur le problème des inondations au Québec, paru cet printemps dans La Presse.

Capture d’écran La Presse Plus

Participez à notre débat en ligne. Votez sur la question et écrivez sur notre blogue:

Notre comité scientifique

Gonzalo Lizarralde, Titulaire de la Chaire Fayolle-Magil Construction, Université de Montréal

Claude Paquin, Éditeur de la revue FORMES, B. Urb.

Anne-Marie Petter, Candidate au Ph. D. en aménagement et Coordonnatrice d’activités de la Chaire Fayolle-Magil Construction

Paul Lewis, Professeur, École d’urbanisme et d’architecture de paysage, Université de Montréal

Philippe Gachon, Professeur de géographie à l’UQAM et directeur du réseau RIISQ

David Smith, Stagaire postdoctoral – Chaire Fayolle-Magil Construction

Isabelle Thomas, Professeure, École d’urbanisme et d’architecture de paysage, Université de Montréal

Élène Levasseur, Coordonnatrice de recherche, Architecture sans frontières Québec

Benjamin Herazo, Membre de la Chaire Fayolle-Magil Construction

Mauro Cossu, Candidat au Ph. D. en aménagement affilié à la Chaire Fayolle-Magil Construction

Mahmood Fayazi, Professeur invité, École d’architecture, Université de Montréal

Manel Djemel, Candidate au Ph. D. en aménagement, Chercheuse affiliée à la Chaire Fayolle-Magil Construction 

Jean-Paul Boudreau, Membre de la Chaire Fayolle-Magil Construction, architecte OAQ


À propos de la Chaire Fayolle-Magil Construction en architecture, bâtiment et durabilité

La Chaire Fayolle-Magil Construction s’intéresse à la qualité de la conception architecturale et à l’emploi de technologies innovantes afin de réaliser un environnement bâti résilient, performant et écoresponsable. La programmation de la Chaire reconnait que plusieurs travaux et recherches sont déjà consacrés à l’étude des technologies constructives, à la performance du bâtiment, aux méthodes de conception, ou encore aux modes de réalisation de projets de construction. Cependant, peu de travaux s’intéressent aux relations qui existent entre les différents aspects de la pratique et des concepts théoriques qui les sous-tendent. En réponse à cette lacune théorique et pratique, la programmation de la chaire vise à examiner les INTERFACES existantes entre les éléments des systèmes complexes dans le domaine de la construction.

La programmation de la Chaire se trouve ainsi à l’intersection des domaines de l’architecture, de la construction et de la durabilité. Elle s’intitule « Faire mieux, bien faire, faire bien : Analyse des relations dans les systèmes complexes dans le domaine de la construction ». L’énoncé « faire mieux » fait appel à l’analyse de la performance du projet. « Bien faire » vise les processus nécessaires pour créer le projet (par exemple, l’analyse des modes de réalisation de projets de construction). Enfin, l’énoncé « faire bien » vise l’éthique du projet. Ainsi, les projets de la Chaire examinent les processus ainsi que les enjeux de performance et d’éthique liés à la réalisation des projets d’architecture, soulignant les approches exemplaires en matière d’intervention sur le cadre bâti, au Canada et ailleurs.

Cette approche transversale permet de dépasser les approches dogmatiques à la durabilité, tels le « greenwashing », le « BIMwashing » ou l’obsession quant à la performance énergétique. Les séminaires INTERFACES de la Chaire se réalisent une fois par année. Il s’agit d’une activité de formation et d’échanges (de 4 à 6 heures), non créditée, offerte aux étudiants et aux professionnels du domaine de l’aménagement.