Défis et réussites de la construction en bois au Québec
en collaboration avec la Revue FORMES et le partenariat canadien 4POINT0
Le 13 octobre 2023 – 9 h à 13h 30
Salle 1150 de la Faculté de l’aménagement, Université de Montréal
2940, chemin de la Côte-Sainte-Catherine
Montréal (Québec) H3T 1B9
Tables rondes et lancement de la plateforme de documentation

« Plus que jamais, nous souhaitons que la construction en bois contribue à la réduction de notre empreinte environnementale et qu’elle soit une source de fierté, créatrice de richesse et d’emplois stimulants pour le Québec ». Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, 2017
Photo:Laboratoire Interfaces (2021)
Questions :
Au niveau stratégique, quelles considérations éthiques doivent encadrer le débat sur les modes d’habiter des aînés au Québec ?
Que savons-nous sur l’innovation dans la construction en bois au Québec?
Quels sont les principaux défis et les principales réussites dans l’objectif d’accroitre l’adoption des solutions innovantes dans la construction en bois au Québec?
Comment avancer vers l’objectif de constructions plus durables à partir de nos connaissances sur la technologie en bois?
Ce séminaire INTERFACES et la plateforme de documentation qui l’accompagne, visent à répondre à ces questions et à brosser un portrait de l’innovation dans la construction en gros bois d’œuvre au Québec.

Admissible à la formation continue selon les paramètres de l’Ordre des architectes du Québec et de l’Ordre des urbanistes du Québec. Pour l’Ordre des ingénieurs du Québec, nos activités de formation peuvent être admissibles en vertu du Règlement sur la formation continue obligatoire des ingénieurs.
Depuis plus de douze ans, le gouvernement du Québec et d’autres acteurs ont mis en place des politiques et des stratégies pour favoriser l’innovation dans la construction en bois. L’objectif est de créer les conditions pour que le bois contribue à la réduction de l’empreinte environnementale du secteur du bâtiment et qu’elle soit « une source de fierté, créatrice de richesse et d’emplois stimulants » pour le Québec.
Ces initiatives visent à promouvoir de nouvelles approches, permettant au Québec de devenir non seulement un exportateur de produits simples, mais également de composantes à valeur ajoutée, de technologies novatrices et de savoir-faire en matière de construction en bois. Trois objectifs sont souvent mentionnés: le développement économique, la protection de l’environnement et l’amélioration de la qualité des bâtiments. Le bois est ainsi perçu comme une ressource locale, renouvelable, hautement performante, ainsi que comme un outil clé dans la lutte contre les changements climatiques.
Défis et réussites
Il est clair que, depuis plusieurs années l’industrie de la construction a adopté plusieurs innovations en bois au-delà de l’usage traditionnel en ossature légère. Un écosystème d’innovation sur le bois massif a été créé. Le Québec compte aujourd’hui sur un réseau solide de manufacturiers, concepteurs, professionnels et technologues, chercheurs, laboratoires et conseillers en bois lamellé et autres produits similaires. Quelques bâtiments en hauteur, résidentiels et mixtes, ont été construits et plusieurs arénas, stades, marchés, écoles et bâtiments récréatifs incluant des innovations en bois ont vu le jour. De nouvelles études ont été réalisées et on constate un intérêt grandissant de la part des clients et professionnels pour la construction en bois et pour la qualité architecturale qui y est souvent associée.
Malgré l’engouement observé, peut-on dire que les objectifs des parties prenantes sont en voie d’être atteints ? Les bénéfices attendus sont-ils au rendez-vous ? Bien qu’il soit trop tôt pour l’affirmer avec certitude, on constate certaines barrières qui limitent l’atteinte des objectifs.
La première difficulté est liée au manque de données probantes sur le sujet. Plusieurs stratégies et mesures visant une innovation accrue dans les systèmes en bois reposent sur une base scientifique très fragmentaire. À titre d’exemple, le bois était promu comme un matériau favorisant la biophilie; c’est-à-dire, la connexion entre l’humain et la nature, qui conduirait à une amélioration de la productivité, de la santé et du bien-être des occupants [1]. Or peu d’études ont été réalisées au Québec sur l’impact des constructions en bois sur les usagers. Les études sur les potentielles réductions de gaz à effet de serre sont aussi insuffisantes. Peu d’études permettent, par exemple, de comparer de façon complète l’analyse du cycle de vie des constructions en bois et celle des constructions en béton ou en acier dans le contexte québécois. Un argument clé est aussi la capacité du bois à « stocker du carbone ». Cependant, des études récentes suggèrent que cet avantage est moindre si l’on ne respecte pas un ensemble de considérations liées au cycle de vie des forêts et celui des bâtiments—incluant leur démolition [2, 3]. Les études sur l’impact de l’industrie sur les forêts et les écosystèmes sont aussi insuffisantes. Il est probable que les bénéfices environnementaux et sociaux de l’innovation en bois au Québec soient démontrés dans l’avenir, mais plusieurs démonstrations restent encore à faire.
La deuxième difficulté concerne le cadre normatif. Plusieurs changements ont été adoptés au Code national du bâtiment et au code adopté par la Régie du bâtiment du Québec afin de permettre l’utilisation de solutions novatrices en bois (notamment dans les bâtiments en hauteur) [4]. Or, la plupart des innovations exigent encore des dérogations au code et donc des procédures longues et complexes de validation de la part de la Régie et des services d’incendie. D’ailleurs, les exigences concernant la résistance au feu amènent à protéger (voir encapsuler) les composantes en bois [5]. Ceci réduit les bénéfices esthétiques et biophiliques et augmente l’énergie intrinsèque du bâtiment. Le décalage entre les ambitions d’innovation et le cadre normatif découragerait donc plusieurs acteurs à développer ou adopter de nouvelles solutions.
Une troisième barrière concerne les risques et coûts associés à l’innovation [6, 7]. Les procédures réglementaires sont lourdes, mais les risques économiques et de responsabilité civile liés à l’innovation sont aussi difficiles à assumer par les firmes d’architectes et d’entrepreneurs de taille modeste [8]. Ce fardeau supplémentaire réduit l’attrait des solutions novatrices pour plusieurs acteurs.
La disponibilité de produits et de main d’œuvre représente aujourd’hui un défi de taille pour atteindre les objectifs de diminution des gaz à effet de serre. Dans certains projets récents, des composants en bois ont dû être importés de l’extérieur de la province, ce qui augmente leur empreinte écologique et réduit les bénéfices économiques liés à l’achat local. De plus, l’augmentation fulgurante des coûts de construction et la pénurie de main-d’œuvre actuelle limitent l’intérêt de certains clients et professionnels à adopter des innovations, qui sont souvent plus coûteuses et impliquent que plus de temps soit investi en design et en surveillance de chantier.
Enfin, plusieurs défis techniques restent encore à surmonter. Peu d’innovations existent au niveau de la préfabrication en bois, de l’enveloppe et des revêtements. Peu de travaux ont été réalisés sur l’impact des inondations (qui risquent d’augmenter dans l’avenir) sur les composants en bois. Certains experts déplorent aussi que le bois soit mal utilisé (qu’il soit encapsulé ou peu visible, par exemple) et que les interfaces entre les composants en bois et la mécanique du bâtiment soient mal assurées. Tel que promu par plusieurs acteurs, il faut encourager les acteurs à utiliser le bon matériau, au bon endroit, et pour la bonne raison.
Aux vues des défis et obstacles qui se dressent devant les acteurs de l’écosystème d’innovation sur le bois, nous proposons un séminaire qui se veut un espace de discussion ouvert et constructif. Nous souhaitons ainsi contribuer à la réflexion collective sur les opportunités de développement et sur les grands enjeux qui relient l’ensemble des acteurs : environnement, qualité du cadre bâti et économie.

Notes
- Fell DR. Wood in the human environment: Restorative properties of wood in the built indoor environment: University of British Columbia; 2010.
- Himes A, Busby G. Wood buildings as a climate solution. Developments in the Built Environment, 2020.
- Andersen CE, et al. Embodied GHG Emissions of Wooden Buildings—Challenges of Biogenic Carbon Accounting in Current LCA Methods. Frontiers in Built Environment, 2021; 7.
- Régie du bâtiment du Québec. Bâtiments de construction massive en bois encapsulé d’au plus 12 étages : Directives et guide explicatif. Québec: Régie du bâtiment du Québec; 2022. 100 p.
- Conseil canadien du bois [Internet] : Construction en bois d’œuvre massif encapsulé; [2021; 2023 Jui 4]. Disponible dans : https://cwc.ca/fr/comment-construire-en-bois/codes-et-normes/les-codes-du-batiment/construction-en-bois-doeuvre-massif-encapsule/
- Hurmekoski E, Jonsson R, Nord T. Context, drivers, and future potential for wood-frame multi-story construction in Europe. Technological Forecasting and Social Change. 2015;99: 181-96.
- Lazarevic D, Kautto P, Antikainen R. Finland’s wood-frame multi-storey construction innovation system: Analysing motors of creative destruction. Forest Policy and Economics. 2020;110: 101861.
- Giesekam J, Barrett JR, Taylor P. Construction sector views on low carbon building materials. Building Research & Information. 2016;44(4): 423-44.

Dossier La Presse – 2 articles | Réduction de l’empreinte carbone | Plaidoyer pour le bois
Sur les séminaires interfaces
Nos séminaires sont des lieux d’échanges et de connexion entre professionnels et chercheurs. Ils offrent un espace à la création de liens entre plusieurs concepts et connaissances. Ces sont des interfaces de convergence de divers savoirs et de meilleures pratiques.

Notre comité scientifique
Gonzalo Lizarralde, Titulaire de la Chaire Fayolle-Magil Construction, Université de Montréal
Mario Bourgault, Professeur titulaire, Polytechnique Montréal
Claude Paquin, Éditeur de la revue FORMES, B. Urb.
Daniel Pearl, Professeur titulaire, Université de Montréal
Benjamin Herazo, Membre de la Chaire Fayolle-Magil Construction
Arturo Valladares, Membre de la Chaire Fayolle-Magil Construction
Lisa Hasan, Membre de la Chaire Fayolle-Magil Construction
Henri Okoman, Maîtrise en aménagement, Université de Montréal
À propos de la Chaire Fayolle-Magil Construction en architecture, bâtiment et durabilité
La Chaire Fayolle-Magil Construction s’intéresse à la qualité de la conception architecturale et à l’emploi de technologies innovantes afin de réaliser un environnement bâti, résilient, performant et écoresponsable. La programmation de la Chaire reconnait que plusieurs travaux et recherches sont déjà consacrés à l’étude des technologies constructives, à la performance du bâtiment, aux méthodes de conception, ou encore aux modes de réalisation de projets de construction. Cependant, peu de travaux s’intéressent aux relations qui existent entre les différents aspects de la pratique et des concepts théoriques qui les sous-tendent. En réponse à cette lacune théorique et pratique, la programmation de la chaire vise à examiner les INTERFACES existantes entre les éléments des systèmes complexes dans le domaine de la construction.
La programmation de la Chaire se trouve ainsi à l’intersection des domaines de l’architecture, de la construction et de la durabilité. Elle s’intitule « Faire mieux, bien faire, faire bien : Analyse des relations dans les systèmes complexes dans le domaine de la construction ». L’énoncé « faire mieux » fait appel à l’analyse de la performance du projet. « Bien faire » vise les processus nécessaires pour créer le projet (par exemple, l’analyse des modes de réalisation de projets de construction). Enfin, l’énoncé « faire bien » vise l’éthique du projet. Ainsi, les projets de la Chaire examinent les processus ainsi que les enjeux de performance et d’éthique liés à la réalisation des projets d’architecture, soulignant les approches exemplaires en matière d’intervention sur le cadre bâti, au Canada et ailleurs.
Cette approche transversale permet de dépasser les approches dogmatiques à la durabilité, tels le « greenwashing », le « BIMwashing » ou l’obsession quant à la performance énergétique. Les séminaires INTERFACES de la Chaire se réalisent une fois par année. Il s’agit d’une activité de formation et d’échanges (de 4 à 6 heures), non créditée, offerte aux étudiants et aux professionnels du domaine de l’aménagement.
À propos de 4POINT0
Créée en 2011 en tant que Partenariat sur l’ouverture de l’innovation dans les nouvelles technologies (POINT), puis devenu Partenariat pour l’organisation de l’innovation (4POINT0) en 2017, l’équipe réunit des professeurs d’universités canadiennes, étasuniennes, anglaises, françaises et italiennes, en plus de partenaires issus de différents milieux : gouvernements, entreprises privées, intermédiaires d’innovation, associations diverses, etc. Les membres de l’équipe étudient les écosystèmes innovants collaboratifs par le biais d’approches multidisciplinaires et intersectorielles.
À la suite des rencontres et des recherches menées au cours des premières années, nous avons constaté l’importance et identifié des défis reliés aux écosystèmes d’innovation au Canada. En conséquence, l’équipe s’est réorientée récemment vers « l’organisation » de l’innovation au sein d’écosystèmes constitués d’une variété d’acteurs jouant un rôle prépondérant dans le développement technologique.
Le partenariat souhaite répondre à la question suivante : comment le Canada peut-il profiter de sa force en science et technologie, construire des écosystèmes d’innovation afin de faire face aux technologies disruptives et ainsi contribuer à l’innovation et à un développement économique fort?



